« Mademoiselle » ou « From Korea With Love »

Avis très rapide en avant-propos : BLUFFANT.

« Mademoiselle » sorti le 01/11/16 est le dernier film de Park Chan-Wook, le réalisateur coréen phare de ces dernières années. Adoubé à Cannes par le jury de Tarantino pour son chef d’oeuvre qu’est « Old Boy« , il tente un essai peu concluant aux USA avec « Stoker« , un film qui au goût d’inachevé. Il aime traiter du mensonge, de la violence, de la manipulation et il s’attaque dans son dernier film à un thriller érotique.

Saura-t-il nous toucher en plein coeur ?

Le scénario :

Servir, trahir, aimer... Être dans l'ombre ou sur le devant de la scène
Servir, trahir, aimer… Être dans l’ombre ou sur le devant de la scène

Nous sommes dans la Corée des années 30, l’occupation japonaise bat son plein. Sook-Hee vient d’être engagée par une riche japonaise Hideko comme servante au sein d’un immense manoir. Ce que la japonaise ignore c’est que Sook-Hee est de mèche avec un escroc qui se fait passer pour un comte japonais qui veut épouser Hideko afin de récupérer ses richesses en la faisant interner après leur mariage.

Je place là juste les bases du scénario qui est extrêmement bien écrit. L’intérêt principal du film réside bien entendu dans son histoire qui est construit en trois chapitres. Les deux premières parties vont présenter l’histoire selon deux points de vue différents, pour enfin se rejoindre dans une troisième partie. Et cette structure permet à Park Chan-Wook de placer non pas un mais deux twists majeurs (j’ai pensé à « Gone Girl » en voyant le film). Du coup on est surpris alors qu’on commençait à penser maitriser l’histoire.

Bien sûr le film traite du mensonge, de la manipulation aussi, mais il est question cette fois-ci d’amour et d’amour lesbien. Les deux femmes vont tomber amoureuses l’une de l’autre et on ne saura jamais si cet amour est véritable ou non. Nous sommes manipulés par le film comme les personnages entre eux. Le film est aussi parcouru par le thème du sado-masochisme avec notamment des lectures d’oeuvres SM.

Les personnages :

Qui est manipulateur, qui ne l'est pas...
Qui est manipulateur, qui ne l’est pas…

Sook-Hee, interprétée par Kim Tae-Ri, est la fausse servante. Elle est un peu naïve, ne sait pas lire et est une criminelle de bas-étages. Elle s’amuse au départ de manipuler sa maitresse mais le personnage évolue au fur et à mesure du film, dévoilant des facettes touchantes et intéressantes. L’interprétation de la comédienne est très bonne, le rôle lui va très bien.

Hideko, interprétée par Kim Min-Hee, est la maitresse japonaise, la mademoiselle du titre. Elle est désabusée, reste cloitrée dans ses appartements et semble ne rien connaitre de la vie, sauf ce qu’elle apprend dans les livres. Le personnage est superbement écrit, l’interprétation de la comédienne parfaite.

Le comte, interprété par Ha Jeong-Woo, est un escroc qui aime les belles femmes. Il manipule les femmes qui l’entourent dans le but d’obtenir la nationalité japonaise afin de pouvoir fuir la Corée. Il est en quelque sorte l’antagoniste du film. Le comédien est lui aussi très bon, passant de moments de maitrise de soi à des moments plus tendres ou désinvoltes.

La réalisation :

Une
Une « Mademoiselle » fort bien filmée

La force de l’image, voilà le credo de Park dans son dernier film. Il manipule les images afin de duper le spectateur et son premier gimmick vient de la construction de son film. Revoir sous différents points de vue une scène permet de réutiliser le même plan avec un sens différent à chaque fois. L’importance de la coupe et du montage prend tout son sens et le réalisateur s’amuse alors à construire puis déconstruire une situation pour mieux nous tromper. Cette structure complexe s’accompagne d’une véritable recherche esthétique dans les transitions. Plusieurs fondus ponctuent des séquences intenses, permettant de mieux passer à la suivante. En un mot le montage est tout simplement génial, un bijou à ce niveau.

Mais l’esthétisme ne s’arrête pas uniquement au montage, la photographie du film tient son rang (comme souvent chez le cinéaste coréen). Des cadrages très travaillés, avec des désaxements prononcés, des motifs, des symétries… La lumière est elle aussi très travaillée (en particulier vers la fin du film). La caméra se balade beaucoup. Le mouvement tient une part importante dans ce film et on est happé par cela.

Mais à force d’être manipulé en permanence, on en revient à douter de tout et on peut sortir du film. Trop de doute tue le d… l’immersion (enfin un peu, pas beaucoup quoi). C’est ce que je trouve dommageable, le film a tout pour être grand mais son maniérisme le dessert.

Conclusion :

Le film aurait pu nous toucher en plein coeur, il nous caresse (tendrement)
Le film aurait pu nous toucher en plein coeur, il nous caresse (tendrement)

Après son voyage raté chez ses voisins américains, Park Chan-Wook revient avec du très lourd. Un film qui semble être la quintessence de son cinéma, un grand mélange de tous ses thèmes fétiches mais un côté factice trop présent. On sent trop la patte de l’artiste et ça prend le pas sur l’amour des personnages. Un presque chef d’oeuvre qui nous rappelle que le pays du matin calme amène quelques cinéastes énervés et talentueux.

La juste note de vanRage : 8/10

Allez vas-y partage !

vanRage

Chroniqueur cinéma

vanrage has 16 posts and counting.See all posts by vanrage

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *