« Frantz » ou « Apprendre à pardonner son ennemi »

Avis très rapide en avant-propos sur le film : DÉSTABILISANT.

« Frantz » sorti le 07/09/16 est le dernier film de François Ozon, cinéaste français productif s’attaquant à des genres divers comme le thriller (« Dans La Maison »), la comédie musicale (« 8 Femmes ») ou bien la comédie (« Potiche ») tout en gardant une ligne directrice, le thème du secret.

Un film plein de mystères en perspective, voyons ça…

Le premier mystère de ce film est sa bande-annonce, le film n’est pas ce que la bande-annonce nous montre et là je préviens le lecteur de cette critique, je suis obligé de spoiler un élément central du film, non pas dans son scénario mais dans sa mise en scène, afin de pouvoir faire une analyse du film. Je me refuse à spoiler son histoire mais je préviens à nouveau, le trailer nous cache des choses pour une raison, bonne ou mauvaise, et vous le saurez plus tard dans cette critique (suspense).

 

Le scénario :

Un jeune homme vient bouleverser la vie d'Anna...
Un jeune homme vient bouleverser la vie d’Anna…

L’histoire démarre dans un petit village allemand en 1919, à la sortie de la guerre donc. On y suit Anna, interprétée par Paula Beer, une jeune femme dont le fiancé est mort au combat. Elle vit chez les parents de ce dernier et essaie de faire son deuil comme elle le peut. Un beau jour un jeune soldat français vient porter des fleurs sur la tombe du défunt allemand, il s’agit d’Adrien, interprété par Pierre Niney, qui est donc un ami de Frantz, le soldat mort au combat, une amitié qui est naît lorsque Frantz vivait en France avant la guerre. Il se révèle qu’Adrien a beaucoup de points communs avec Frantz et cette visite émeut la famille endeuillée. Mais un beau jour Adrien repart en France et ce départ va tout changer…

Je ne peut que rester vague dans ce synopsis car l’intérêt du film réside principalement dans son scénario et son twist. Mais tout en restant vague et en évitant les spoilers, la tournure prise par le film est déstabilisante et cela peut décevoir certains spectateurs.

 

Les personnages :

Les deux personnages portent le film, Niney n'en peut plus
Les deux personnages portent le film, Niney n’en peut plus

Anna est le personnage principal du film (qui s’appelle « Frantz« , je le rappelle) et c’est ce personnage qui est déstabilisant. Elle est endeuillée, vit chez les parents de son fiancé, broie du noir. Elle reste une femme cultivée, parlant parfaitement le français et retrouve goût à la vie avec l’arrivée d’Adrien, mais l’évolution prise par son personnage à partir du twist et son attitude paraissent étrange. L’interprétation de la comédienne est parfaite, épousant parfaitement le personnage, une comédienne née pour le rôle j’ai envie de dire.

Adrien est un personnage attachant, il est le soldat français en territoire « ennemi » qui fait face à la famille de son ami mort au front. On sent le personnage torturé, avec des strates d’émotions nombreuses qui rendent complexes un personnage bien écrit. C’est le très gros point positif du film, le twist renforce son importance et il est PARFAITEMENT interprété par Pierre Niney (comme d’habitude). Sans contexte une performance à récompenses (faut pas se voiler la face, le rôle s’y prête) où Niney mêle retenue et expressionnisme forcé, gros pouce en l’air pour ça.

Le reste des personnages se divise en deux catégories, les allemands et les français, et bizarrement (ou pas) les personnages allemands sont plus intéressants et mieux réussis que leurs homologues français. Citons un point positif, les parents de Frantz et le père en particulier, et un point négatif avec une jeune française appelée Fanny, la comédienne n’y est mais alors pas du tout.

 

La réalisation :

Ce plan contient plusieurs mensonges, à vous de les trouver ;)
Ce plan contient plusieurs mensonges, à vous de les trouver 😉

François Ozon oblige, l’esthétique du film est travaillée et là vient le fameux élément vendeur/menteur de la bande-annonce : le noir et blanc. Oui le film est en noir et blanc, un choix esthétique fort qui se comprend quand on regarde le film, il est rempli de références visuelles au cinéma du début du XX° siècle, en particulier de l’expressionnisme allemand (cinéphile prout-prout qui étale son savoir, désolé) mais pas que. La bande-annonce nous vend un film entièrement en noir et blanc et bien non, la couleur est aussi de la partie. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un plan mêlant couleur et noir et blanc de façon subtil, comme pour annoncer la subtilité de son utilisation, mais alors vous vous dîtes (et moi aussi d’ailleurs) quel est le sens d’utiliser cette couleur à certains moments ? Au début je me disais pour représenter les flashbacks avec Frantz, non. Pour signifier la présence de Frantz de façon symbolique, peut-être mais si c’est le cas il devrait y avoir plus de plans en couleurs. Je ne saisis pas le sens de ces plans en couleurs et je retrouve bien là Ozon, laisser planer un doute, y compris pour le spectateur.

Après ce long segment colorimétrie, place aux cadrages. Comme je le disais le film référence beaucoup de films et cela se voit dans les cadrages qui rappellent des films d’horreur, des films noir, etc… Le film est esthétique, mais la beauté du noir et blanc n’y est pas par moment, sûrement du au fait qu’une partie du film soit tournée en couleur puis retravailler en post-production.

Une excellente musique, petit rapprochement avec « La Liste De Schindler » pour un morceau, et une technique sonore au rendez-vous, le film est très bien bruité, monté et mixé. L’enrobage sonore est donc de qualité.

 

Conclusion :

Le mystère reste entier, où vont-ils ?
Le mystère reste entier, où vont-ils ?

Le film est bon, mais laisse le spectateur pantois. Il aborde des thèmes importants liés à la guerre et montre une amitié franco-allemande touchante où le pardon à une place importante et qui relie le film à un thème d’actualité, vivre avec son « ennemi » est-il possible ? Un double niveau de lecture intéressant qui ravira les uns et insupportera les autres. Un film ambitieux mais pas un grand film.

La juste note de vanRage : 7/10

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vanRage

Chroniqueur cinéma

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